fév 252014
 

Mon grand-père me disait qu’il avait eu le baptême des mariniers. C’est à dire que tout bébé, il avait été trempé dans l’eau accroché à une corde tenue du haut de la péniche de ses grands-parents. Je ne sais s’il s’agissait d’un réel souvenir ou d’une chose qu’on lui avait racontée, mais j’ai l’impression que c’est une des rares choses qui le rattachait un peu à sa famille maternelle car sa mère avait quitté son père alors qu’il n’avait que 3 ans. Les liens avec cette famille ont donc été très tôt rompus.

Néanmoins, il m’est toujours resté à l’esprit que j’avais des ancêtres mariniers et, pour moi qui suis rouennaise, cela m’a toujours intriguée et fait écho en moi. En effet Rouen est une ville où l’on trouvait jadis de nombreux mariniers. Enfin, il n’y a pas si longtemps quand même… je me souviens bien qu’il y avait encore beaucoup de péniches amarrées aux quais rouennais quand j’étais petite. Il y avait même dans ma classe un petit Michel qui habitait chez sa grand-mère car ses parents étaient mariniers.

Mais les mariniers de mon grand-père, André Pessiot, n’étaient pas rouennais. Il était né à la Guerche-sur-l’Aubois dans le Cher et la majorité de ses ancêtres venaient des communes aux alentours de ce chef-lieu de canton. C’était compter sans ces mariniers ! Ben oui, par définition, un marinier… çà bouge ! C’est pourquoi, il n’est pas toujours facile de les retrouver.

Trois berrichons amarrés à couple dans le port de Bourges au début du XXe siècle (source : Projet Babel : http://projetbabel.org/fluvial/berrichon.htm)

Pour l’instant je n’ai pas effectué de recherche systématique les concernant et ce n’est que par hasard que j’ai trouvé quelques informations sur eux, soit au gré de ma consultation de l’état civil soit via des recherches sur Geneanet.

Voici donc ces fameux mariniers. Il s’agit des familles Barbiot, Gaby, Perriot et Prévost ascendants d’Alice Prévost mère d’André. J’ai également trouvé quelques autres familles collatérales, telles les Branchard, Mouton, Ribes ou Senot.

Sancoins - Le Bassin du Canal (source : AD 18)

Sancoins – Le Bassin du Canal (source : AD 18)

Dans mon ascendance, le lieu de leur rencontre se situe donc dans le Cher, le point convergent étant a priori Sancoins au Sud-Est du département.

Alice est née à Saint-Just, commune située sur le Canal du Berry. Je suppose qu’elle est née sur la péniche de ses parents car ceux-ci étaient domiciliés à Sancoins et n’avaient a priori pas d’attache particulière à Saint-Just.

Voici, ci-dessous la généalogie ascendante expurgée d’Alice où j’ai fait figurer tous ces mariniers :

Génération 1

1.  PREVOST, Alice.
    née le 19 février 1903 à Saint-Just (Cher). 
    Conjoint : PESSIOT, Jean.

Génération 2

2.  PREVOST, Antoine. => marinier
    né le 6 mars 1876 à Sancoins (Cher).
    décédé entre 1923 et 1941.
    fils de PREVOST, François et PERRIOT, Mélanie.
    marié à BARBIOT, Eugénie Françoise le 13 juillet 1901 à Sancoins (Cher).

3.  BARBIOT, Eugénie Françoise. => marinière
    née le 24 juin 1880 à Le Chautay (Cher).
    décédée le 15 janvier 1923 à La Guerche-sur-l’Aubois (Cher).
    fille de BARBIOT, Louis et GABY, Marguerite.

    Enfants de BARBIOT, Eugénie Françoise et PREVOST, Antoine

    i. PREVOST, Alice [1].

Génération 3

4.  PREVOST, François. => marinier
    né le 24 juillet 1847 à Sancoins (Cher).
    décédé après 1901.
    fils de PREVOST, Pierre et GODON, Françoise.
    marié à PERRIOT, Mélanie le 11 novembre 1875 à Sancoins (Cher).

5.  PERRIOT, Mélanie. => marinière
    née le 25 décembre 1851 à Sancoins (Cher).
    décédée après 1901.
    fille de PERRIOT, Antoine et GODON, Marie.

    Enfants de PERRIOT, Mélanie et PREVOST, François

    i. PREVOST, Antoine [2].

    ii. PREVOST, Antoine.
       né le 21 août 1879 à Saint-Mammès (Seine-et-Marne).
       après 1903.

    iii. PREVOST, Raoul.
       né le 14 juillet 1882 à Sancoins (Cher).

6.  BARBIOT, Louis. => marinier
    né le 14 avril 1842 à La Guerche-sur-l’Aubois (Cher).
    décédé entre 1901 et 1923.
    fils de BARBIOT, Gabriel et GILLOT, Gabrielle.
    marié avec GABY, Marguerite le 5 juin 1869 à Grossouvre (Cher).
    marié avec MALOCHET, Juliette.

7.  GABY, Marguerite. => marinière
    née le 18 juin 1849 à Vereaux (Cher).
    décédée entre 1901 et 1923.
    fille de GABY, Pierre et MARTEAU, Jeanne.

    Enfants de GABY, Marguerite et BARBIOT, Louis

    i. BARBIOT, Simon.
       vers 1877.
       décédé le 10 juillet 1879 au Chautay (Cher).

    ii. BARBIOT, Eugénie Françoise [3].

    iii. BARBIOT, Louis.
       né le 10 février 1888 à Briare (Loiret).

Génération 4

8.  PREVOST, Pierre.
    né le 18 septembre 1814 au Veurdre (Allier).
    décédé le 10 juin 1889 à Sancoins (Cher).
    fils de PREVOST, Michel et DURY, Antoinette.
    marié à GODON, Françoise le 4 octobre 1836 à Sancoins (Cher).

9.  GODON, Françoise.
    née le 13 septembre 1817 à Sancoins (Cher).
    décédée le 4 février 1898 à Sancoins (Cher).
    fille de GODON, Gilbert et BERTHON, Marguerite.

    Enfants de GODON, Françoise et PREVOST, Pierre

    i. PREVOST, Jean Baptiste. => marinier
       né le 19 juin 1844 à Sancoins (Cher).
       décédé après 1894.

    ii. PREVOST, François [4].

    iii. PREVOST, Pierre.
       né vers 1850.
       décédé après 1898.

14. GABY, Pierre. => marinier
    né le 17 septembre 1814 à Montaigut-en-Combraille (Puy-de-Dôme).
    décédé le 11 février 1850 à Vereaux (Cher).
    fils de GABY, Mathieu et BOUDIGNON, Catherine.
    marié à MARTEAU, Jeanne le 3 octobre 1843 à Vereaux (Cher).

15. MARTEAU, Jeanne. => marinière
    née le 1 mai 1815 à Olivet (Mayenne).
    décédée le 28 novembre 1871 à Saint-Amand-Montrond (Cher).
    fille de MARTEAU, Jean et GODEAU, Marie.
    mariée à SENOT, Joseph => marinier le 24 août 1836 à Vereaux (Cher).
    mariée à RIBES, Barthélémy => marinier le 28 février 1852 à Vereaux (Cher).

    Enfants de MARTEAU, Jeanne et SENOT, Joseph

    i. SENOT, Marie.
       née le 31 août 1836 à Vereaux (Cher).
       décédée le 16 août 1837 à Vereaux (Cher).

    ii. SENOT, Jacques Philippe.
       né le 21 avril 1838 à Vereaux (Cher).

    Enfants de MARTEAU, Jeanne et GABY, Pierre

    i. GABY, Antoine.
       né le 30 septembre 1844 à Vereaux (Cher).

    ii. GABY, Marguerite [7].

    iii. GABY, Louise.
       née le 17 septembre 1850 à Vereaux (Cher).
       décédée après 1881.
       mariée à BRANCHARD, Jean => marinier le 27 mai 1867 à Grossouvre (Cher).
       mariée à MOUTON, Sylvain => marinier le 6 septembre 1881 à Grossouvre (Cher).

       Enfants de GABY, Louise et MOUTON, Sylvain

       iii.i MOUTON, Marguerite
             née le 4 avril 1874 à Montluçon (Allier)

       iii.ii MOUTON, Solange
             née le 28 janvier 1876 à Diou (Allier)

       iii.iii MOUTON, André Louis
             née le 6 octobre 1877 à Sancoins (Cher)

       iii.iv MOUTON, Jean
             née le 10 janvier 1880 à Chevenon (Nièvre)

    Enfants de MARTEAU, Jeanne et RIBES, Barthélémy

    i. RIBES, Barthélémy Joseph.
       né le 28 février 1852 au Chautay (Cher).
       décédé le 28 août 1852 à Vereaux (Cher).

Comme vous pouvez le constater, ils ont bougé. Et cela m’amène à des ascendants dans le Cher, bien-sûr, mais également dans l’Allier, le Puy-de-Dôme et même la Mayenne (et si on va plus loin l’Ille-et-Vilaine, mais ces bretons n’étaient pas mariniers).

Par ailleurs, en faisant des recherches dans ma base pour écrire cet article, je me suis aperçue qu’il s’y trouvait d’autres mariniers. Bizarrement je ne l’avais pas noté avant.

En effet dans la généalogie de Marie, Jean Audiat le père adoptif de Louis Audiat, son arrière-arrière-grand-père, était également marinier, ainsi que son père et certains de ses frères. J’avoue que j’hésitais à développer cette branche, mais je crois que finalement je vais continuer ne serait-ce que pour en savoir plus sur ces mariniers.

Voici donc les quelques informations dont je dispose pour l’instant sur cette branche (liste de généalogie descendante) :

Génération 1

1.    AUDIAT, Gilbert. => marinier

      décédé à Moulins (Allier).
      marié à GOUYET, Claudine.

      Enfants de GOUYET, Claudine et AUDIAT, Gilbert

      + 1.1 i. AUDIAT, Jean. => marinier
         né vers 1790.
         décédé le 28 janvier 1835 à Moulins (Allier).

        + 1.2 ii. AUDIAT, Jean Alexandre
            né le 14 Messidor 5 à Moulins (Allier).
            décédé après 1835.

      + 1.3 iii. AUDIAT, Nicolas.
         né vers 1800.
         décédé après 1840.

      + 1.4 iv. AUDIAT, Jean. => marinier
         né le 6 Pluviôse 11 à Moulins (Allier).
         décédé entre 1841 et 1858.

      + 1.5 v. AUDIAT, Jean Baptiste. => marinier
         né le 11 Ventôse 13 à Moulins (Allier).
         décédé après 1840.

      + 1.6 vi. AUDIAT, Jean.
né le 26 septembre 1807 à Moulins (Allier).

Etant donnée la proximité géographique (à l’échelle de la navigation fluviale), je trouve amusant de penser que la famille de mon père et celle de sa femme, dont les origines géographiques paraissaient totalement distinctes, pourraient finalement s’être côtoyées il y a presque deux siècles… (quoique, j’ai déjà découvert que Marie descendait de Rollon : pour les normands, et qui plus est rouennais, que nous sommes mon père et moi cela crée déjà forcément un lien…)

J’ai maintenant très envie d’en savoir plus sur tous ces mariniers, mais j’avoue ne pas trop savoir comment m’y prendre. Si certains d’entre vous savent comment mener ce type de recherches, par exemple comment avoir des informations sur les bateaux, leurs parcours, etc… je suis preneuse.

Photographies de famille de Marie

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fév 242014
 
20article(s)

Age moyen au décès

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août 312013
 

A l’instar d’autres généalogistes (Généaligne, Oh mes Aïeux… ou Mistike par exemple) et parce que ça fait longtemps que je voulais étudier un peu tout ça, j’ai décidé de calculer l’âge moyen des personnes de ma généalogie.

Tout d’abord, j’ai regardé ce que donnait ce calcul sur toutes les personnes de ma base, puis uniquement sur mes ascendants, puis ceux de Suzanne et encore ceux de Marie.

Je ne mets ici que les calculs concernant ma base complète, vous trouverez ceux concernant mon ascendance ici, ceux concernant celle de Suzanne ici, et pour Marie c’est ici.

J’ai effectué cette recherche sur toutes les personnes de ma base dont je connais les dates de naissance et de décès, soit 2352 personnes : 1735 hommes et 1617 femmes.

Voici donc le résultat :

Siècle de naissance Hommes Age moyen au décès Femmes Age moyen au décès Tous Age moyen au décès
1500-1599 10 64,7 10 62,3 20 63,5
1600-1699 179 34,61 185 34,04 364 34,51
1700-1799 695 41,47 622 37,72 1317 39,99
1800-1899 655 49,4 643 61,76 1298 59,88
1900-1999 196 62,25 157 67,69 353 64,67
1735 49,46 1617 49,89 3352 49,86

Ce tableau prend en compte les enfants morts en bas âge, ce qui explique pourquoi l’âge moyen au décès est si bas.

Afin d’avoir des chiffres plus représentatifs, j’ai de nouveau effectué les calculs en retirant les enfants décédés avant l’âge de 10 ans. Les calculs portent donc maintenant sur 2612 personnes : 1362 hommes et 1250 femmes.

Voici le résultat :

Siècle de naissance Hommes Age moyen au décès Femmes Age moyen au décès Tous Age moyen au décès
1500-1599 10 64,7 10 62,3 20 63,5
1600-1699 108 56,69 112 55,65 220 56,16
1700-1799 463 61,41 385 60,38 848 60,94
1800-1899 596 63,45 595 66,64 1191 65,04
1900-1999 185 65,93 148 71,79 333 68,53
1362 62,57 1250 64,3 2612 63,4

L’âge moyen au décès de mes ancêtres est donc d’environ 63,39 ans. Il est un peu plus élevé d’environ 2 ans pour les femmes.

Mis à part le XVIième siècle pour lequel les chiffres ne sont pas représentatifs en raison du trop faible nombre d’individus on constate que l’âge moyen au décès augmente progressivement au cours des siècles.

Ces chiffres semblent être dans la moyenne. Je ne sais pas s’il existe des statistiques globales pour la France et pour chaque siècle, mais d’autres généalogistes ont fait le même type de calculs et ont trouvé des chiffres semblables.

(Cet article est un ancien article qui se trouvait sur mon site généalogique que je viens de fermer. Ces calculs ont été réalisés en 2010)

Age moyen des ancêtres de Marie à leur décès

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août 312013
 

Voici le résultat de petits calculs concernant l’âge moyen au décès des ascendants de Marie.

J’ai effectué cette recherche sur la liste des ascendants dont je connais les dates de naissance et de décès, soit 45 personnes : 24 hommes et 21 femmes.

Voici donc le résultat :

Siècle de naissance Hommes Age moyen au décès Femmes Age moyen au décès Tous Age moyen au décès
1600-1699 2 76,5 2 62,5 4 69,5
1700-1799 15 62,87 10 63,7 25 63,2
1800-1899 6 70,33 8 82,63 14 77,36
1900-1999 1 76 1 80 2 78
24 66,42 21 71,57 45 68,82

L’âge moyen au décès des ancêtres de Marie est donc d’environ 68,82 ans. Il est plus élevé pour les femmes que pour les hommes avec une différence de 5 ans.

Etant donné le peu de personnes pour cette étude, ce chiffres ne sont pas très représentatifs, je ne ferai donc pas beaucoup plus de commentaires. Cependant une bonne partie des ascendants de Marie était d’un milieu assez aisé cela explique peut-être pourquoi l’âge moyen au décès semble être un petit peu plus élevé que la moyenne.

Il s’agit là d’âges moyens, mais certains ont évidemment vécu beaucoup moins ou plus longtemps. Les extrêmes dans l’ascendance de Marie sont :

  • Pour les hommes :
    • Jean Jeune (sosa 64) né le 23 juin 1753 à Pélussin (42) et décédé au même lieu le 3 novembre 1784 à 31 ans.
    • Michel Gros de Montemboeuf (sosa 736) né le 16 mars 1678 à Maisonnais-sur-Tardoire (87) et décédé au même lieu le 15 juillet 1771 à 93 ans.
  • Pour les femmes :
    • Jeanne Marie Marrel (sosa 77) née le 25 septembre 1774 à Saint-Martin-la-Plaine (42) et décédée le 12 nivôse an 11 à Saint-Génis-Terrenoire (42) à 28 ans.
    • Marguerite Lucinde Jamain (sosa 45) née le 9 septembre 1806 à Marthon (16) et décédée à Pranzac (16) le 12 avril 1903 à 96 ans.

(Cet article est un ancien article qui se trouvait sur mon site généalogique que je viens de fermer. Ces calculs ont été réalisés en 2010)

Les lanternes des morts

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août 312013
 

Article de l’Illustration n° 4574 du 1er novembre 1930

Messer Guido Cavalcanti savait bien qu’on le raillait dans les compagnies de l’attachement qu’il avait aux choses éternelles. C’est pourquoi il fuyait les vivants et recherchait les morts.
Anatole France (Le Puits de Sainte-Claire.)

Le Jour des Morts est la cime de l’année. Ce cri, jailli des lèvres de Barrès au début de son magnifique 2 novembre en Lorraine, comment ne se représenterait-il pas indéfiniment chaque année, tout le long de cette funèbre journée, en l’âme meurtrie de ces hommes, dont je suis, qui ont vu mourir à vingt ans la plupart de leurs contemporains et qui, depuis lors, ne peuvent plus apercevoir la vie qu’à travers un pâle réseau d’innombrables croix de bois ?…
Nulles heures ne savent mieux aviver nos secrètes puissances de sentir que celles des lendemains de Toussaint, dont les fièvres salutaires palpitent sous un ciel cendré. En notre âme endeuillée fermente intensément, pendant cette journée, le souvenir de ceux qui nous précédèrent, de ceux que nous aimions, de ceux qui nous aimèrent. Et, par cette fécondation mortuaire, notre pensée devient un terrain très favorable à l’épanouissement spontané de ces vérités que nous peut seul révéler un intime contact avec la terre et avec les morts. Ce début de novembre est l’instant parfait d’une préparation morale à tout ce qui doit être entrepris ou supporté tous les autres mois. Tant de pensées qui s’en vont à la mort nous incitent à parer notre vie d’une beauté voulue. En vérité, c’est d’une tombe que l’homme reçoit ses meilleures directions de vie, ses plus sûrs motifs d’action.
En ce jour privilégié pour l’âme, il n’est pas de promenade plus indiquée qu’une visite aux lanternes des morts. Jamais le culte des disparus ne se concrétisa en un plus harmonieux jaillissement. Jamais les espérances en l’au-delà ne se résumèrent plus joliment qu’en ces lueurs perpétuellement entretenues sur les tombes, attestant au-dessus des chairs décomposées, l’immortalité de l’esprit. Disséminées sur le sol français, ces veilleuses funèbres sont la plus pure expression de la piété de ceux qui passent envers ceux qui sont passés, le plus bel hommage du périssable à l’éternel.
*
**
Partout et toujours les morts ont été respectés et craints par les vivants. On oublie leurs leçons, mais on honore leur cendre. Atoutes les époques et chez tous les peuples, le mystère de l’autre vie, de l’existence qui suit la mort, préoccupa vivement les esprits et se traduisit par de touchantes sollicitudes. En Egypte, pour assurer la survie de l’ombre, du Ka mystique, du « double » d’un être devenu immatériel, l’on accumulait dans la tombe des provisions et des urnes, des coupes et des trésors, cependant que, songeant à l’âme, l’on traçait au sommet du mausolée un souhait semblable à celui dont on discerne encore les hiéroglyphes dans la vallée des Rois, au dessus de sarcophage de Séti Ier :
« RESURRECTION – ETERNITE »
N’est-ce pas le même souci qui, à Rome comme en Grèce, faisait déposer dans la bouche du défunt une obole destinée à payer le prix réclamé par Charon pour le passage du Styx en la barque fatale[1], tandis que, pour l’existence obscure de la tombe, l’on entretenait près du défunt des armes et des bijoux. Chez les Hébreux, pour qui le trépas était un châtiment, des sacrifices expiatoires étaient accomplis dans le même but pour retirer les morts du schéol, ce lieu redoutable où se rassemblaient les disparus après leur dernier soupir, et pour leur obtenir les joies de la résurrection de la chair, tant espérées et prédites par Job.
Mais il appartenait à l’Eglise du Christ de remplacer ces pratiques et ces cérémonies par un acte du coeur, par la prière pour les morts. « Nous célébrons les trépassés, déclare Origène dès le troisième siècle, parce que ceux-là ne meurent pas qui paraissent mourir. » Or, quoi de mieux qu’une lueur pour symboliser – tout en inspirant et réclamant aux fidèles de bienfaisantes oraisons – la flamme sacrée du souvenir d’où jaillit cette prière ? D’autre part, une lumière perpétuellement renouvelée n’est-elle pas aussi l’image de ces foyers de clarté – formés par les traditions et les croyances – que se transmettent d’âge en âge les générations successives, la réplique de l’antique flambeau passant de main en main et que le vent de la course attisait encore ? Tout le divin peut se réconcilier autour d’un feu sacré.
Voilà pourquoi, longtemps même avant que le christianisme ne couvrît notre sol de lanternes des morts, l’entretien de veilleuses sur les sépultures constituait un rite essentiel du culte des trépassés. Les premiers chrétiens ne firent qu’imiter les païens[2] en plaçant des lampes dans les tombeaux et en allumant des cierges autour des morts. Le cierge, voilà bien la descendance chrétiennes de ces torches dont on illuminait, dans la Rome des dieux, le corps du gisant durant les funérailles. Et le geste pieux de ces paysans de Haute-Saône qui, aujourd’hui encore, disposent au soir de la Toussaint une lumière devant chaque tombe de leur cimetière, rejoint, au plus lointain des âges, l’appel formulé sur une tombe païenne des premiers siècles de notre ère : « Qu’on veuille bien prendre soin d’entretenir, d’orner, de couronner la statue de ce défunt et celle de son épouse et qu’on y allume des cierges. »
Mais bientôt l’Eglise s’avisa de prendre ombrage des origines peu orthodoxes de ce funèbre luminaire. Au concile d’Elvire (vers 325), elle interdit d’allumer des feux dans les cimetières, appuyant cette décision sur le caractère de superstition dont s’enveloppait encore cette coutume. Cela ne dura pas longtemps. Les ténèbres momentanées se dissipèrent. Et la lumière revint vaciller sur les tombes. Des textes nous révèlent la présence de chandelles de cire lors des funérailles de l’évêque Fonteïa Concordia et de la soeur de saint Grégoire de Nysse. La flamme avait triomphé des textes qui la voulaient étouffer.
Il est vrai que, pour être introduit dans la liturgie nouvelle, le cierge avait reçu, des pieuses mains de Pierre d’Esquilin et de saint Ambroise, le baptême symbolique. Il était devenu l’image du Christ en les trois parties qui le composent. Sa cire est la chair très chaste et pure du Sauveur, né d’une vierge; sa mèche, celée en cette cire, est l’âme très sainte de Jésus, cachée sous l’enveloppe de son corps; sa flamme est l’emblème de la déité de Notre Seigneur. Auprès d’un défunt, la vacillante lumière des cires consumées rappelait désormais la radieuse foi dont avaient été irradiées ces chairs glacées, en même temps que les éblouissements éternels du paradis. Saint Jérôme prend soin de préciser ce lumineux présage de vie immortelle : « On allume des cierges près du corps des défunts pour signifier qu’ils sont morts illuminés des clartés de la foi et qu’ils resplendissent maintenant dans la gloire de la céleste patrie. » Ingénieuses beautés, troublante poésie de la symbolique, dont s’enchantait Huysmans devant la Cathédrale…
Du cierge individuel à la lanterne collective, il n’y a qu’un pas. Il fut assez vite franchi. Pour attirer la protection divine sur les morts rassemblés dans les champs de repos et pour leur valoir des prières, l’on alluma très tôt des feux dans les cimetières. Puis le fanal se précise, s’orne et se développe. Tandis que se déroulent les rudes siècles du moyen âge, voici que des colonnes creuses, dont la silhouette s’affine et se décore progressivement, s’élèvent pour contenir le feu sacré. A côté du clocher de l’église des vivants, la lanterne des morts élève son clocheton. Tour à tour romane ou ogivale, de style renaissance ou classique, tantôt cylindrique, tantôt carrée, tantôt octogonale ou hexagonale, elle dresse, peu à peu, dans les cimetières de France, son aiguille ajourée. Hélas ! c’est au passé qu’il faut mettre aujourd’hui ce présent ! Car bien peu de ces charmants monuments ont survécus aux dévastations séculaires. Les fureurs absurdes des révolutions et des guerres, la dégradation des climats, et surtout, le déplacement des cimetières leur furet fatals. Lorsqu’on s’avisa d’éloigner du coeur des villages, au nom de l’hygiène, les tombes jadis placées autour des églises, on négligea toujours, et l’on abattit parfois le phare de l’ancien cimetière. Tant et si bien qu’aujourd’hui il n’en reste pas cinquante à travers toute la France. Et il n’y a guère qu’en notre pays que l’on en puisse rencontrer. Sans doute, en Toscane, une chapelle funéraire du quatorzième siècle s’adorne d’une de ces veilleuses funèbres. Mais ce sont des moines de Cîteaux qui la bâtirent dans le cimetière de l’abbaye de San Galgano. Sans doute il existe en Autriche, en Tyrol et en Bohême des piliers analogues où, près de la lueur funèbre, des cloches sont logées. Mais ces colonnes de bois ou de pierre ne sont que les filles des nôtres, puisqu’elles furent toutes bâties aux quinzième et seizième siècles, tandis que nos fanaux mortuaires datent presque tous du douzième et du treizième siècle. Quant aux vieilles tours isolées que possèdent l’Ecosse et l’Irlande, ne nous pressons pas trop de les assimiler aux lanternes des morts. Leur destinée nous demeure trop mystérieuse pour risquer semblable attribution. Et rendons enfin aux croisés, qui apportèrent en Orient cette émouvante coutume, la lanterne des morts de Saint-Jean-d’Acre, dont il est parlé dans la Chronique de Rains :
« A dont mourut Salahedin… et lui enfouis en la cymitère Saint-Nicholaï-d’Acre, de jouste sa mère qui moult ricement y fut ensevelie ; et a sur eux une tournière (lanterne) bièle et grand, où il est nuit et pour une lampe pleine d’huile d’olive. »
N’en déplaise à Saladin, sultan d’Egypte et de Syrie, annexons sans remords cet édifice des Lieux Saints.
La France est donc l’indiscutable patrie des lanternes des morts, C’est sur notre territoire qu’elles naquirent et se développèrent. Mais comment se fait-il qu’on les rencontre seulement en certaines régions du Centre et de l’Ouest ? Sauf de très rares exceptions, elles sont toutes rassemblées, suivant un ordre concentrique, autour d’un foyer de rayonnemennt constitué par l’actuel département de la Haute-Vienne qui, à lui seul, en compta vingt. Autour de ce noyau central, elles s’échelonnent tout le long des départements limitrophes. Puis tout s’éteint. Pourquoi sont-elles groupées ainsi ? Nul ne l’a dit. Et le mystère de cette répartition n’a jamais été dissipé. Viollet-le-Duc déclare bien que « ce sont les territoires où se trouvent les pierres levées qui nous présentent des exemples assez fréquents de lanternes des morts ». Mais l’inexactitude de cette assertion saute aux yeux les moins avertis. Car en Bretagne, où se dressent le plus grand nombre de pierre levées, il n’y a pas une seule lanterne des morts.
Alors faut-il se résigner à ne jamais percer le voile de ces origines obscures ? Non pas. Si l’on regarde quelque peu une carte de la formation historique du territoire français, une curieuse remarque s’impose bientôt à l’esprit. Tout ce rassemblement de monuments funèbres se trouve à peu près exactement contenu dans les limites de l’ancien duché d’Aquitaine, créé après le démembrement féodal survenu àla fin du dixième siècle. Limoges, centre de ce duché, est, en même temps, le centre de rayonnement de ces lueurs mortuaires. Alors, n’est-il pas permis de croire que ces fanaux de pierre étaient une tradition, une coutume de ce duché ? Et, d’autre part, après avoir situé leur province natale, pourquoi ne pas voir en elles – et ceci non plus n’a jamais été remarqué – une conception de la race celtique qui peupla ces régions ? Le dieu des Celtes : Cruth-Lod, n’habitait-il pas un palais dont le toit était parsemé de feux nocturnes ? Puis, ce culte des morts, cette tendre douceur envers les trépassés, cette poésie du souvenir et de la douleur, ce sont bien là des caractères essentiellement celtiques. Enfin, l’on vient de constater, en parcourant les lignes précédentes, qu’en dehors de France ces lanternes existaient seulement en Ecosse ou en Autriche. Or ces territoires furent occupés longuement par les Celtes. Enfin j’ai remarqué que, presque toujours, les lanternes des morts s’élèvent où s’élevèrent là où se trouvait une abbaye bénédictine. Il y a là, à mon avis, plus qu’une coïncidence. D’autant que, tout justement, la commémoration des morts du 2 novembre est une pratique religieuse qui prit naissance à l’abbaye de Cluny et n’exista longtemps que dans les couvents de l’ordre de Saint-Benoît. En attendant que cette filiation ou adoption bénédictine des lanternes des morts puisse être approfondie – et je compte bien m’y consacrer – je crois pouvoir affirmer déjà que, si les bénédictins ne furent pas les créateurs de ces fanaux de pierre, ils en furent tout au moins les pieux propagateurs[3]. Tout cela semble permettre de jeter sur ces lueurs funèbres quelques définitives clartés.
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Après s’être penché sur leur berceau, il n’est pas inutile de décrire quelque peu les lanternes des morts. Placés dans les cimetières[4], là où partout ailleurs s’élève la haute croix de pierre dont ils tiennent la place, dressés sur une plate-forme plus ou moins élevée, ces phares des trépassés se composent d’un pilier creux surmonté d’un lanterneau ajouré, à toiture pyramidale ou conique, portant une croix en son sommet. Ils sont creux pour permettre l’élévation de la flamme dont ils constituaient le reposoir et ajourés en leur partie supérieure afin de favoriser le rayonnement de la lueur qu’ils contenaient. Cette lueur était introduite, soit – quand le canal d’accession était étroit – par une petite ouverture carrée, disposées à cet effet à la partie inférieure du pilier, d’où la veilleuse était hissée par une poulie jusqu’à son logement, soit – lorsque le fanal funèbre était plus large – par une porte placées à la base du monument, d’où la lampe était montée par un homme grâce à un escalier intérieur ou grâce à des trous disposés en gradins le long de la colonne afin que le grimpeur y pût placer les pieds.
Une table d’autel accompagne d’ordinaire les lanternes des morts. Partout l’autel est orienté avec soin selon les règles précises édictées par l’Eglise. Auprès de lui se retrouvent parfois les vestiges d’une crédence de pierre où, pendant le service de la messe, les burettes étaient placées. A quoi pouvait servir cet autel ? Sans doute à des cérémonies mortuaires. Il ne faut pas oublier que, très souvent, le seigneur du lieu, en faisant don à un corps religieux d’une église paroissiale, apportait à sa libéralité cette restriction que le droit de sépulture n’était pas compris dans cette donation. Les morts du village n’étaient donc pas introduits dans l’église et la messe funèbre des humbles se déroulait dans le cimetière, autour du fanal sacré. Parmi les tombes antérieures, le gisant attendait l’absoute avant de s’enfoncer dans la terre des morts, cependant que, là-haut, tremblotant au sommet du phare, la petite lueur affirmait l’espérance en la vie éternelle.
En dehors de la célébration de ces tristes cérémonies, à quoi étaient donc destinées les lanternes des morts ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre et déchaîné bien des erreurs. On a voulu faire de ces édicules religieux ds monuments druidiques ou gaulois, romains ou maures. N’a-t-on même pas été jusqu’à les déclarer consacrés aux dieux mânes ! Tout cela est pure imagination. Les plus anciennes lanternes funéraires dont la trace nous soit parvenue sont postérieures aux terreurs de l’an mil et furent élevées en des siècles où les Gaulois, les Romains et les Maures avaient depuis longtemps disparu de notre sol.
D’autres commentateurs ont avancé que, par les feux placés à leur sommet, elles servaient de fanaux pour les voyageurs, parfois de phares pour les marins. C’est encore faire fausse route. Si ces lanternes étaient placées bien en vue dans les champs de repos, le plus souvent au bord des chemins, de façon à être parfaitement aperçues des passants, c’est que, le but des tombeaux étant, selon les termes de saint Augustin, « d’admonester les vivants de prier pour les morts », la lueur de la veilleuse funèbre avait pour dessein primordial d’attirer aux morts, dont elle s’entourait, le plus grand nombre possible de prières. C’est d’ailleurs pour cette même raison que les cimetières furent primitivement placés autour de cet incomparable lieu de rassemblement constitué par les églises, comme aussi devant les portes des villes et sur les grands chemins, « afin que, par ce moyen, ajoute Sponde dans les Cimetières sacrés les passants et les voyageurs qui entrent ou sortent des cités se souviennent de prier pour ceux qui y sont enterrés ».
Oui, c’est bien là, sans aucun doute, le but essentiel des lanternes des morts. Construites en des siècles de foi, elles sont des édifices de foi, élevés dans un dessein totalement religieux et mystique. C’est errer que les vouloir relier au paganisme, comme le fait Viollet-le-Duc lorsqu’il déclar retrouver en elles une vague survivance du culte des peuples antiques pour le feu. C’est errer encore que les rattacher aux superstitions primitives, sur les traces d’un archéologue poitevin, M. Le Cointre, qui les croit destinées à préserver les vivants de la peur des revenants, de ce « timore nocturno », de ce « negotio perambulante tenebris », dont parle le Psalmiste. Certes, il serait vain de nier les frayeurs de nos pères devant la nuit et devant la mort.Le sage roi Salomon, lui-même, ne s’entourait-il pas, lorsqu’il reposait, de soixante soldats, choisis parmi les plus vaillants et les plus armés de ses gardes, « en raison, dit le sacré Epithalame, des frayeurs de la nuit qui troublaient son repos » ? Nos aïeux connaissaient bien ces sinistres histoires et redoutaient terriblement l’apparition inopportune des mauvais esprits. Mais s’ils attribuaient aux veilleuses funèbres le pouvoir d’endormir leurs superstitieuses terreurs, c’est que, grâce à elles, ils croyaient apaiser l’âme irritée du trépassé. Ils savaient qu’il n’est point de meilleur moyen pour calmer les exhibitions posthumes qu’un Pater ou qu’un Ave. De cette créance nous trouvons la preuve dans l’institution du clocheteur des trépassés, dont les promenades – aussi pieuses qu’incommodes – se perpétuèrent à Paris et dans le Laonnais jusqu’au dix-huitième siècle. C’était un veilleur de nuit qui parcourait, aux heures de sommeil, les rues désertes en agitant lentement une sonnette et en criant par intervalles :
Réveillez-vous, gens qui dormez,
Priez Dieu pour les trépassés.
Voilà donc bien le véritable but de ces lanternes funéraires : honorer les morts et les rappeler aux prières des vivants. La flamme qui brûle perpétuellement, de nos jours, sur la tombe du Soldat inconnu n’a-t-elle pas la même fonction sacrée ? Cette édifiante destination des veilleuses funèbres, Pierre de Clugni, surnommé le Vénérable, nous la confirme dès la première moitié du douzième siècle : « C’est, écrit-il, par respect pour les morts qui reposent dans le cimetière que cette lumière est entretenue. » Peu après, en 1187, Guillaume de Tournon ajoute que ces lampes « rappellent et symbolisent l’immortalité de l’âme ». Et d’autres textes nous précisent encore que nos pères voyaient en ces monuments un moyen d’obtenir auprès du Souverain Juge le salut éternel des gisants d’alentour en demandant à la lueur incessamment entretenue d’ « éclairer dans les voies éternelles les âmes des trépassés ».
La question est donc entendue. Affirmation de l’immortalité de l’âme, hommage aux morts, rappel incessant des morts aux vivants, telle est la triple signification et la triple mission de ces émouvantes aiguilles de pierre, appelées, suivant les provinces, fanal funéraire, tournière, lampier, lanterne des morts… Lanterne des morts… Terme joliment imagé, en lequel se trouve évoquée la belle destinée de ces phares dont se servent les trépassés pour nous rappeler leur souvenir, pour éclairer notre mémoire, pour nous signaler la présence des morts, de même que, le long des mêmes routes, d’autres lanternes nous signalent la présence des vivants.
Comment leur lumière était-elle entretenue ? Par des donations ou des legs. En 1187, par exemple, Bernard de Radulphe de Séchaine laisse six livres pour entretenir la lampe du cimetière de Dalon. Parfois on avait recours à d’autres ressources. A Saint-Goussaud, c’est le produit des quêtes qui servait à acheter l’huile nécessaire. A Montrol-Sénard, cette huile était forunie à tour de rôle par les villages voisins. A Saint-Amand-Magnazeix on l’extrayat des noyers dont s’ombrage encore le cimetière. Au Falgoux, trente personnes étaient chargées d’alimenter la veilleuse, et lorsqu’une d’entre elles disparaissait, son héritier ou plus proche parent était inscrit à sa place. Ainsi se perpétuent les traditions qui font les peuples forts.
Elles étaient allumées toutes les nuits, et souvent nuit et jour. Chaque jour des Morts, tout le village se rassemblait autour d’elles pour entendre dévotement une messe funèbre. La nuit précédente, des clercs, ayant reçu, à cet effet, des dons spéciaux, avaient passé la nuit en prières autour de la lanterne des trépassés. Les rares négligences dans l’accomplissement de ces oraisons salvatrices étaient rudement réprimées. Une chronique de Saint-Quentin nous relate l’histoire d’un clerc fustigé par un bourgeois pour avoir dit, au coin du feu, les sept psaumes de la pénitence qu’il devait, moyennant sept deniers, réciter sur l’herbe du cimetière.
Et, dans la brume des matins de novembre, le prêtre offrait aux morts le divin sacrifice.
… Lorsque le jour des morts imprimait sa tristesse
Aux coeurs emplis de foi : que, dans chaque maison,
Vers les parents défunts montait une oraison,
La lanterne des morts allumait sa détresse.
Et devant le flambeau tremblant au vent du Nord,
Illuminant la foule attentive et pleureuse,
Le prêtre élargissait sa plainte douloureuse
En tirant du mystère et de l’oubli ces morts.[5]
Maintenant, les lanternes des morts sont mortes presque toutes. A peine en reste-t-il cinq dizaines en France. Le beau chapelet de pierre… Et, parmi ces dernières et belles attardées, bien peu ont conservé leur antique fonction. Elles ne sont plus, en général, que des colonnes désertées. Ces vierges sages ont perdu leur lampe. Il est bien rare d’en pouvoir rencontrer une où la flamme sacrée brille encore. Ce précieux bonheur m’a été accordé récemment, au cours d’un voyage à travers la Vendée, en octobre dernier. Ce fut aux Moutiers-en-Retz, sur les bords de l’Atlantique, par un jour sombre et gris où la tempête d’équinoxe faisait rage et martelait avec fureur, de ses vagues exaspérées, les côtes proches. Seule au milieu des rafales et des averses qui noyaient sans arrêt le paysage, une faible lueur brillait derrière les fenêtres de la lanterne des morts… Lueur consolante au milieu de l’ombre menaçante, spiritualité opposée aux éléments brutalement déchaînés, chaleureuse flamme sous un ciel hostile…
– C’est, me dit un habitant, qu’il y a un mort dans le village. La coutume s’est toujours perpétuée d’allumer une lampe dans le fanal aussitôt qu’un décès se produit dans la commune et d’entretenir la lumière jour et nuit jusqu’au moment où le cadavre repose en terre.
Et, tout justement, l’enterrement apparaissait sur la place de l’église, précédé d’un vieux Vendéen portant entre ses bras, comme un enfant très cher, un grand crucifix d’argent. Puis, suivi de toutes les coiffes du village, le cercueil était porté sur une carriole, infiniment plus accordée au paysage que les détestables carrosseries de nos Pompes funèbres.
Pourquoi laisser tomber en désuétude un si touchant usage ? Qui ranimera la flamme dans nos lanternes funéraires ? Depuis la dernière guerre, la belle idée qui présida à leur conception a été reprise par un certain nombre d’architectes pour des monuments élevés aux innombrables sacrifiés. Sur les plus grands champs de bataille, des phares mortuaires dressant leur silhouette neuve, veillent sur le repos des glorieux trépassés. Ce que l’on a fait pour nos morts au champ d’honneur, pourquoi ne pas le faire pour les autres morts ? En Italie, la coutume des veilleuses funèbres s’est maintenue. A Brescia, tous les soirs, l’on allume un phare, au milieu du campo-santo. Pourquoi, dans nos cimetières, ne pas rétablir les lanternes des morts ?
Quoi qu’il en soit, si ces veilleuses funèbres n’existent plus guère autour de nous, elles existent du moins, partout en nous, depuis les tragiques mêlées où plus d’un million et demi de Français sont morts. Jamais le culte des disparus ne fut plus vif en notre pays qu’au lendemain d’une guerre aux hécatombes sans précédent. Cette, flamme qui, jadis, brillait en son foyer de pierre, c’est en nos coeurs qu’elle brille aujourd’hui. Rien ne pourrait atténuer son éclat. Les morts sacrés de 1914 à 1918, dont l’âme se haussa jusqu’aux suprêmes cimes morales, dont le douloureux sacrifice revêtit une inégalable beauté, qui payèrent de leur sang et de leur vie la victoire et la paix, ne doivent point être oubliés. C’est le devoir sacré de ceux qui restent de rappeler leur souvenir à ceux qui viennent. Ils ne s’y dérobent point. Ainsi placés à tous les carrefours de la vie, reflétant en leur ardent regard la flamme dont furent illuminées les brèves destinées de leurs camarades trop tôt tombés, c’est en les survivants de la dernière guerre qu’il faut chercher aujourd’hui les dernières lanternes des morts.

Roland Engerand

  1. Cette troublante coutume s’est d’ailleurs perpétuée depuis ces premiers siècles jusqu’à notre vingtième siècle. Le descendant d’une des plus illustres familles de Touraine, le comte de Rilly, m’apprit, ces mois derniers, que, lorsque mourut sa belle-mère, une pièce d’or fut glissée, par une vieille servante, entre les mains de la morte avant que le cercueil fût clos.
  2. « Oui, déclare saint Augustin, nous avons quelque chose de commun avec les païens, mais notre but est différent. »
  3. Un exemple parmi tant d’autres : dans le Puy-de-Dôme, sept lanternes des morts nous ont laissé leur trace. Six d’entre elles s’élevaient dans des villages où se trouvaient des prieurés bénédictins, et la septième auprès d’une commanderie des templiers.
  4. Si l’on en rencontre quelques_uns hors des enclos funèbres, c’est que le lieu où ils se dressent, devenu aujourd’hui promenade ou place publique, était primitivement un cimetière.
  5. Hubert Fillay – Les lanternes des morts.

(Cet article est un ancien article qui se trouvait sur mon site généalogique que je viens de fermer)

 

 

Rollon

 Généalogie Marie  Commentaires fermés sur Rollon
mai 282011
 

Statue de Rollon, dans les jardins de l'Hôtel de Ville à Rouen (on peut noter qu'en ce mois de mai 2011, il vient de retrouver son bras droit...).

Cette année 2011, onze-centième anniversaire de la naissance de la Normandie, est aussi l’année où j’ai découvert que Marie était une des nombreuses descendantes de Rollon.

L’origine de Rollon est incertaine puisque certains le disent venir du Danemark et d’autres de Norvège. La théorie majoritairement retenue est qu’il serait né vers 845 sur une des iles d’Ålesund en Norvège. Fils de Ragnvald Eysteinsson, il est banni de Norvège par Harald Haarfager (Harald à la belle chevelure) vers 875 suite à des actes de pillage dans le pays.

Il prend alors la tête d’une bande de Vikings, essentiellement composée de Danois et de Norvégiens et s’attaque aux côtes de la Mer du Nord et de la Manche. D’après Dudon de Saint-Quentin, historien du début du XIe siècle, il trouve refuge auprès d’un roi anglo-saxon qui lui confie une petite troupe d’Anglais avec laquelle Rollon part ravager la Frise, l’embouchure du Rhin et de l’Escaut.

Le Périple de Rollon d'après Guillaume Ernouf (source Wikimedia Commons)

Traditionnellement, l’arrivée de Rollon en Normandie daterait de 876, mais certains historiens contestent cette date et la situent plutôt entre 890 et 905. Quoi qu’il en soit, il finit par arriver en Neustrie (pillée régulièrement par les vikings depuis 840 environ) et s’installe dans la vallée de la Seine. De là, il participe à de nombreux raids dont le siège de Paris vers 886, s’empare de Bayeux dont il tue le comte Bérenger et épouse more danico sa fille Popa avec laquelle il aura plusieurs enfants.

Etant maître de la région de Rouen, Rollon menace le royaume franc. Or, en 911, des princes du royaume mettent en déroute son armée devant Chartres. C’est le moment que Charles le Simple, roi des francs (aussi ancêtre de Marie), propose à Rollon de négocier : en contrepartie de l’arrêt de ses pillages, le roi offre à Rollon un territoire autour de Rouen, qui deviendra une centaine d’années plus tard le Duché de Normandie. Nous sommes en 911 les deux hommes signent le traité de Saint-Clair-sur-Epte, frontière du territoire normand. Rollon s’engage également à bloquer les autres incursions vikings menaçant le royaume franc. Il se fait baptiser en 912 en la cathédrale de Rouen sous le nom de Robert, du nom du duc Robert, son parrain (également ancêtre de Marie) et épouse Gisèle, la fille de Charles le Simple dont il n’aura pas d’enfant.

Considéré comme le premier duc de Normandie et le fondateur du duché, il ne porte pourtant pas le titre de duc de Normandie mais seulement celui de jarl des Normands, l’équivalent norrois du français « prince ». Il hérite aussi de la charge carolingienne de comte de Rouen, titre de celui qui défendait la Seine contre les incursions vikings.

Rollon lui-même et son entourage sont sans doute restés proches de leurs traditions païennes mais il s’appuie sur l’archevêque de Rouen pour relancer l’Église séculière et rétablir la vie monastique. Il favorise ainsi notamment le retour des moines de Saint-Ouen. Il organise  son duché et rend sédentaires ses soldats, entre lesquels il partage ses terres. Les Vikings se fondent dans la population. Les noms de plusieurs villes et bourgs de Normandie viennent du norrois : Anquetil, Toutain, Bricquebec, Caudebec, Yvetot, etc…

Rollon poursuit également ses expéditions et ses tentatives d’extension territoriale. Il mène une entreprise de pillage jusqu’à Beauvais avec Ragenold, chef des Vikings de la Loire. En 924, le comte Herbert II de Vermandois (encore un ancêtre de Marie) et le roi Raoul, mandé par Hugues le Grand (un autre ancêtre de Marie), fils du roi Robert Ier, parrain de Rollon le prédécesseur de Raoul, mènent une expédition punitive sur le comté de Normandie. Rollon réagit à cet affront en poussant son armée cette fois-ci bien au-delà de l’Oise. Le roi est alors contraint de payer un tribut aux Normands. Rollon reçut également en réparation les régions du Bessin et de l’Hiémois.

En 925, Rollon prend position dans le comté de Flandre ; les villes de Beauvais, d’Amiens, d’Arras et enfin de Noyon sont pillées et incendiées. Face à cette incursion, le Herbert de Vermandois et le roi Raoul allient leurs forces pour piller le comté de Normandie. L’armée de Rollon les repousse, mais il doit faire face à une révolte des gens du Bessin, qui refusent la nouvelle tutelle comtale.

La répression franque ne s’arrête pas pour autant. Arnoul Ier de Flandre (lui aussi ancêtre de Marie) s’empare de Bresles, et attaque Eu. Rollon y envoie des renforts mais les Francs ont raison de la forteresse, qui finit par être brûlée avec ses occupants. Les Normands acceptent alors les termes de l’accord et rendent les terres qu’ils venaient de conquérir.

On ne sait pas exactement quand meurt Rollon. Peut-être est-ce lors du siège d’Eu puisqu’en 927, on voit son fils Guillaume Longue-Épée, prêter serment de fidélité pour les Normands ou quelques années plus tard si on suppose qu’il a abdiqué en faveur de son fils…

Selon le père Anselme, il est inhumé dans la cathédrale de Rouen, puis sa dépouille transférée à l’abbaye de Fécamp dans la seconde moitié du Xe siècle, sous le principat de Richard Sans-Peur, son petit-fils.

Gisant de Rollon dans la cathédrale de Rouen

De toutes les fondations scandinaves en Occident, seule la Normandie s’est maintenue au-delà de trois générations. Rollon est à l’origine de cette réussite…

Sources :

Jacques Roux (1752-1794)

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jan 092011
 

Jacques RouxJacques Roux est né à Pranzac (Charente) le 21 août 1752. Il est le 3e enfant (2e fils) de Gratien Roux et Marguerite Montsallard qui auront en tout 13 enfants.

Ses parents se sont mariés à Bussière-Badil (Dordogne) le 16 juillet 1749. Ils sont tous deux issus de la bourgeoisie locale. On trouve dans leur ascendance de nombreux notables occupant des postes notamment dans la justice ainsi que des médecins. L’un des aïeux de Jacques Roux serait d’ailleurs François de Monsallard Intendant, médecin du roi Henry IV en 1615, et maître des barrages et eaux minérales de France.

A 15 ans en 1767, après des études au séminaire d’Angoulême chez les lazaristes, Jacques Roux est nommé chanoine de la paroisse de Pranzac par le Comte des Cars seigneur de Pranzac.

Il sera ensuite enseignant (en philosophie et en physique) au séminaire d’Angoulême. En 1779, il est compromis dans une affaire de meurtre : le cuisinier du séminaire tira une nuit sur des jeunes gens qui s’amusaient à casser les vitres du bâtiment, et tua l’un d’eux. Il prétendit ensuite que l’abbé Roux lui avait donné des ordres en ce sens. Roux, qui s’était enfui, fut rapidement arrêté, ainsi que le supérieur du séminaire et trois autres prêtres. L’affaire ne fut jamais entièrement tirée au clair, mais il fut libéré au bout d’un mois et demi par arrêt du Parlement.

Il devint ensuite aumônier et vicaire au château de Montlausier en Saintonge, avant d’être nommé curé de Cozes : ses supérieurs lui attribuent de la « régularité » et des « mœurs irréprochables ». Deux ans avant la Révolution, il fut muté à Saint-Thomas-de-Conac (Charente-Maritime). Après la nuit du 4 août, enthousiasmé par les idées de la Révolution, il prêche au prône « la doctrine dangereuse que les terres appartenaient à tous également », et il participe probablement, en avril 1790, à la mise à sac des châteaux de Boisroches et Saint-Georges-des-Agoûts (ce qu’il réfute cependant dans la lettre à Marat ci-dessous). Il est l’un des premiers prêtres à prêter serment à la Constitution civile du clergé.

Il s’enfuit à Paris, et devient très vite un des acteurs majeurs de la Révolution comme fondateur du mouvement des « Enragés ».

Je ne développerai pas ici la « carrière » de Jacques Roux le « curé rouge » entre 1792 et 1794 (je vous renvoie pour cela ici), mais je citerai seulement quelques évènements :

  • en 1792, il prononce le discours suivant :
  • le 21 janvier 1793, il accompagne Louis XVI à l’échafaud envers lequel il fit preuve d’une grande dureté,
  • le 25 juin 1793, il publie le Manifeste des Enragés où il exprime son programme considéré comme précurseur du communisme. Ces idées allaient être progressivement adoptées par le gouvernement révolutionnaire, et aboutirent à la Terreur,
  • Trop critique du régime, trop « à gauche », Roux est alors désavoué par Robespierre et Marat qui s’acharnent alors contre lui et déclenchent contre lui une campagne visant à le faire passer pour un contre-révolutionnaire.
  • Arrêté en septembre 1793 pour être jugé par le Tribunal révolutionnaire, le 4 février, jour où lui est notifiée la décision du tribunal, il se poignarde devant ses juges. Il ne meurt pas immédiatement et est transporté à la prison de Bicêtre où il réitére sa tentative le 10 février et cette fois-ci réussit son suicide.

Pourquoi ce billet sur Jacques Roux ?

Tout simplement parce qu’une grande partie la famille Marie (ma belle-mère) est originaire de Pranzac et est également issue d’une famille de notables de ce village, les Tourette. Quoique Marie n’aie aucun lien de parenté avec Jacques Roux, les deux familles sont tout de même liées :

  • le parrain de Jacques Roux était Jacques Tourette aïeul de Marie à la 9e génération,
  • Marie Roux, nièce de Jacques était l’épouse de Henry Tourette petit fils d’Henry Tourette fils du précédent. Son seul fils Paul étant probablement décédé avant elle, elle a désigné Louis Emile Tourette (sosa 22 de Marie) comme légataire universel.

Sources :

Cahier de doléances de Pranzac (16)

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déc 122010
 

Cayer de doleancé de la paroisse de Pranzac arresté dans l’assemblée et la commune du sept mars mil sept cent quatre vingt neuf tenue en vertu de la lettre de convocation de Sa majesté du vingt quatre janvier precedant

  1. de ce que le Roi est privé des Etats généraux depuis près de deux siècles qui doivent être périodiques à époque fixe est représentée dans l’intermédiaire par une commission suffisante.
  2. de ce que la paroisse n’a point d’Etats provinciaux pour pourvoir à ses besoins et à l’administration particulière de ses finances sous la direction immediate des generaux, et une commission intermediaire en correspondance constante avec celle des Etats.
  3. de ce que les trois ordres ne contribuent pas egalemt à tous les impots et autres charges publiques proportionnellement aux revenus et facultes de chacun.
  4. de ce que les proprietaires des domaines roturiers contribuent doublemt aux charges publiques, etant restés chargés de cens qui y était originairemt destiné et à formé le seul impôt levé sur les terres par les deux premieres races de nos rois, et qui même bien avant sous la troisième a suffi a tous les frais de guerre que le Royaume à eu à soutenir ceux qui lavaient envahi les ayant seul supportées. Et cependant supportant la presque totalité des impots qui lui ont été successivement subrogés à Proportion que le gouvernement en a plus senti le …de.
  5. de ce que cette paroisse se trouve plus surchargée encore des subsides en ce que le sol de la majeure partie est en …, et en mauvais bois, et la totalité un terrain sec et aride sans aucune fontaine ni puits n’ayant que quelques marres qui manquent d’eau les trois quarts de l’année, Les propriétaires forcés par cette raison à conduire pendant neuf mois leurs bestiaux à la rivière du Bandiat, ce qui leur emporte un temps précieux qu’ils ne peuvent employér à leurs travaux ordinaires en ce que encor; partie du susd. terrein est sujette a des droits d’agriers aux neuf un des fruits et laquelle partie de terrein sujette à ce droit d’agrier est encore sujette pour la majeure partie à un cens, et que l’autre partie est grêvée de cens très considérables payables à la mesure de Pranzac, mais qu’on fait payér à la mesure de la Rochefoucault plus grande que la mesure de Pranzac qui echoient au vingt neuf septembre de châque année, et qu’on ne veut recevoir qu’au mois de novembre, ce qui cause une perte considerable au censitaires qui éprouvent touttes celles qu’occasionnent les papillons sur les grains.
  6. de ce qu’independament que les droits de banalites et de corvées n’ayant depuis longtemps aucune cause, les habitants de cette paroisse n’y sont pas moins assujettis Lesquels sont percus arbitraitement. Les meuniers et fourniers n’ayant ni poids ny balances.
  7. de ce que cette paroisse se trouve surchargée par différentes causes dans la repertition generale des impots.
  8. de ce que cette psse l’est meme dans la repertition de ceux de cette province en ce que le Seignr et Mr Le Baron du Lindois possedent au moins un huitieme du domaine utile dont ils jouissent en exception de Tailles.
  9. de ce qu’independament que les dixmes de la paroisse valent aumoins cent louis dont moitie appartient au curé en sa qualité, un quart lui appartenant en qualité de titulaire de deux stipendies, et l’autre quart appartenant à deux titulaires de deux autres stipendies, les habitants sont privés d’un vicaire et d’une seconde messe quoique l’étenduë et la population de la paroisse l’exigeroit.
  10. de ce qu’independamt qu’il se leve tous les ans des sommes considerables de la paroisse pour pratiquér des grandes routes il en a été tracé une de Pranzac à la Rochefoucault qu’on veut forcér les habitants de Pranzac et ceux de la paroisse de Bunzac à faire à leurs depens qui coutera aumoins vingt mille francs surcharge considerable pour les deux psses
  11. de ce que cette psse etant sur le passage d’Angme à celui de la ville de Montbron est privée du commerce que lui procureroient les deux villes en ce que la route est absolument impratiquable, qu’on pourroit rendre pratiquable cependant sans surchargér les riverains si les deniers destinés à la faction des grandes routes etait employés aux plus necessaires, et à celles qui ont besoin d’etre reparées celle cy se trouvant en nombre.
  12. de ce qu’il n’y a pas de distinction suffisament marquée entre le tresor public et celui de la couronne, inconstitutionnellement confié aux mêmes mains.
  13. de ce que les dispenses d’âge et de temps d’etude ouvrent l’entrée des tribunaux prématurément aux juges, qui n’acquierent pas tous ensuitte les qualites qu’ils devroient avoir déjà.
  14. de ce que l’infamie, l’egoisme, la subornation, et la cabale ne sont pas exclusives de fait comme de droit des fonctions publiques dont plusieurs sont devenues vénales.
  15. de ce que les emplois civils quoique non militaires, sont confiés à des hommes non mariés, et à des veufs en dessous de l’age de cinquante ans qui n’ont pas d’enfants.
  16. de ce que la liberté n’existe que de droit des que châcun ne peut librement manifester ses idées par tout moyen sans lézér personne, et que les ordres arbitraires qui ne doivent avoir lieu que pour le service militaire, le font constament tremblér pour sa sureté au lieu de le protéger dans le cas d’alienation de ses sens et dans celui d’inconduites, sur la requisition de la famille où des amis et sur l’avis des Etats, ou de la commission intermedaire de la province.
  17. de ce que la Representation de l’angoumois n’est ni suffisante ni proportionnée à sa population, Et de ce qu’il n’a pas été suffisament pourvu à la liberté et à la sureté des suffrages.
  18. de ce que le plus grand nombre des impots à été établi, les autres prorogés sans l’autorité des Etats generaux qui seuls en ont le droit comme de faire des lois avec le concours du Roi qui en est le chef.
  19. Enfin de ce que la brieveté du delais fixé par l’édit des hypothèques compromet la foi publique.

Source : Archives départementales de Charente