La Famille de Grand-mère : Victime d’un incendie criminel

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J’ai cet article sous le coude depuis quelques mois maintenant. Le Généathème du mois de décembre proposé par Geneatech, m’a donné l’occasion de faire quelques recherches supplémentaires pour le compléter. En effet ce Généathème nous propose de parler des découvertes que l’on a fait grâce à l’océrisation, c’est à dire la reconnaissance automatique de caractères dans les documents imprimés. J’ai fait beaucoup de découverte grâce aux journaux en ligne notamment, et tout particulièrement pour la série sur la famille de Grand-mère. Sans l’océrisation du Journal de Rouen par les Archives Départementales de Seine-Maritime je n’aurais jamais pu aller aussi loin dans cette recherche, ni découvrir ce dont je vais vous parler aujourd’hui.

Au cours de ces recherches, je suis donc tombée sur un article du Journal de Rouen relatant un évènement vécu par cette famille.

En effet, le 15 janvier 1870, la famille Laray/Barbaray a été victime d’un incendie criminel. A cette date, le couple formé par Frédéric Laray et Céleste Barbaray (sosa 45) habite, avec ses cinq enfants et Modeste Lamotte (sosa 91), mère de Céleste, une ferme située à Bermonville. Les enfants, étaient alors âgés de 1 an et demi à 11 ans. Modeste Lamotte, leur grand-mère, avait 71 ans. Paul Levasseur (sosa 22), père de Grand-mère et fils de Céleste Barbaray, n’était pas encore né.

Heureusement Modeste, ayant sans doute le sommeil plus léger que ses enfants et petits-enfants, se rend compte de ce qui se passe et sauve ainsi sa famille. Dans cet article on apprend que les pertes pour la famille Laray s’élèvent au moins à 15700 francs, ce qui équivaudrait environ à 37000 euros de nos jours.

Tout est expliqué dans l’article ci-contre (cliquez dessus pour le voir en plus grand). Il est extrait du Journal de Rouen du 13 mai 1870.

L’incendiaire est Adolphe Isidore Barbe, un ancien domestique de Sénateur Barbaray (sosa 90) et Modeste Lamotte. Mais le commanditaire de l’incendie est André Médéric Dumouchel. Ce dernier est le successeur du couple Barbaray/Lamotte dans la ferme qu’ils occupaient à Bermonville et n’est autre que le voisin de la famille Laray. Au décès de Sénateur Barbaray en octobre 1867, Modeste, son épouse, avait obtenu du propriétaire la permission de continuer à occuper une maison située sur la ferme. Cet arrangement ne convient pas du tout au nouvel occupant qui semble prendre en grippe notre aïeule qu’il appelle « la vieille Modeste » ! En raison des menaces qu’il faisait peser sur elle, celle-ci avait fini par déménager chez sa fille Céleste.

Mais qui étaient Adolphe Isidore Barbe et André Médéric Dumouchel, et que sont-ils devenus après leur forfait ?

Adolphe Isidore Barbe est le né le 4 février 1830 à Anquetierville. Son père est Jacques Nicolas et sa mère Bérénice Félicité Jourel sont cultivateurs. Il est le quatorzième enfant du couple qui en aura seize. Quand il naît, neuf de ses frères et sœurs aînés sont en vie.

Adolphe Isidore arrive à Bermonville entre 1851 et 1861. En 1861, on le trouve domestique chez Napoléon Bonay, cultivateur, puis en 1866 il est ouvrier bûcheron chez Ferdinand Cavé. L’article du journal nous apprend qu’il a également été domestique chez Frédéric Laray. Son dernier employeur étant André Médéric Dumouchel. Après l’incendie, il est condamné à 6 ans de travaux forcés. Il est donc envoyé au bagne de Toulon, mais ne fera pas toute sa peine puisqu’il meurt le 23 août 1871 à l’hôpital maritime de Toulon.

Quant à André Médéric Dumouchel, il est né le 19 février 1833 à Ricarville. Son père Jean Baptiste Augustin est boulanger, sa mère Marie Rose (ou Marie Nathalie) Dufils est tisserande. Ceux-ci s’étaient mariés le 26 juin 1830 à Ricarville. Ils sont issus de familles de cultivateurs et Jean Baptiste Augustin l’est toujours, en plus de son métier de boulanger.

Entre 1851 et 1861, la famille Dumouchel s’installe à Bermonville, Jean Baptiste Augustin et André Médéric sont désormais cultivateurs.

André Médéric (que l’on appelait André) se marie le 18 avril 1869 avec Marie Elise Lecomte. Le 17 juin suivant, naît leur première fille Marie Adrienne Justine.

Puis vient l’année 1870, sans doute la pire de la vie d’André. Il la commence le 15 janvier en manipulant Adolphe Isidore Barbe pour qu’il mette le feu à la maison des Laray. Deux semaines après sa fille décède, et encore 2 semaines plus tard, son père décède.

Il a du être arrêté entre le 5 février (date du décès de sa fille, qu’il déclare) et le 21 février (date du décès de son père qu’il ne déclare pas).

Le 2 mai suivant, naît une nouvelle petite fille, Marie Justine. Elle ne connaîtra jamais son papa. Et lui non plus puisqu’elle décède 7 mois plus tard. André Dumouchel est condamné à 10 ans de travaux forcés le 12 mai.

« condamné par la Cour d’assises de la Seine-Inférieure pour avoir en 1870, par dons, promesses, menaces, abus d’autorité ou de pouvoir, machinations ou artifices coupable, provoqué l’auteur de l’incendie volontaire d’une maison habitée, à commettre ce crime et de lui avoir donné des instructions pour l’exécuter; (circonstance atténuantes) à la peine des travaux forcés pour Dix ans.
Le pourvoi en cassation a été rejeté le 16 juin 1870.
Arrivé au Bagne le 14 juillet 1870″

Il est envoyé d’abord au bagne de Toulon où il arrive le 14 juillet. Il y restera 2 ans, puis le 10 septembre 1872, il est embarqué sur la frégate l’Alceste et part pour le bagne de Nouvelle-Calédonie. Il en sortira en 1880.

Entre-temps il semble qu’il a été un forçat modèle. Il n’a eu aucune punition, et a même été proposé plusieurs années de suite (de 1876 à 1878) pour une libération anticipée. Celles-ci n’ont a priori jamais été acceptées puisqu’il semble n’être libéré qu’en juin 1880 au terme de sa peine. A cette époque, il n’était pas possible aux forçats qui avaient écopé d’une peine de plus de 8 ans, de rentrer sur le territoire métropolitain lorsqu’il quittaient le bagne. Ils devaient encore rester un temps égal à la durée de leur peine en Nouvelle-Calédonie à travailler dans des fermes pénitentiaires.

Je perds sa trace à sa sortie du bagne. Est-il mort en Nouvelle-Calédonie, a-t-il pu rentrer en métropole ? Toujours est-il que sa femme ne l’a jamais revu. Je penche pour la première hypothèse, parce qu’il faut bien se rappeler que l’implantation du bagne en Nouvelle-Calédonie visait à coloniser le territoire et que l’implantation des forçats sur place y était « encouragée ».

Il va me falloir pas mal de patience pour éplucher les registres d’état-civil de Nouvelle-Calédonie si je veux trouver son décès…

A noter, qu’alors qu’il était aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie, Marie Elise Lecomte, sa femme, a eu deux enfants, Marie Eugénie en 1875 et Théagène Gustave en 1878. Tous deux portent le nom d’André. Dans leurs actes de naissance, il n’est pas indiqué que celui-ci est leur père, mais comme Marie Elise Lecomte est toujours mariée à André, ses enfants sont automatiquement nommés Dumouchel. Dans les actes de mariage et de décès de ces enfants ils sont cependant dits fille et fils d’André.

Sources :

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